Évolution de l’empreinte carbone du secteur numérique en 2025
En 2025, le secteur numérique continue de représenter une part significative des émissions de gaz à effet de serre en France, avec une empreinte carbone évaluée à environ 4,4 % de la totalité nationale. Cette estimation, récemment actualisée par l’Agence de la transition écologique (Ademe), prend en compte notamment les centres de données, réseaux et équipements numériques, y compris les infrastructures implantées à l’étranger mais dédiées aux usages français. Cette prise en compte plus exhaustive explique la réévaluation à la hausse par rapport aux précédents chiffres de 2,5 % datant de 2018, qui négligeaient l’influence des data centers hors du territoire national.
L’essor exponentiel des usages numériques, notamment avec la généralisation croissante de l’intelligence artificielle générative, engendre une augmentation rapide de la consommation énergétique liée aux infrastructures. Les centres de données (data centers) ont vu leur poids dans le bilan carbone grimper, représentant désormais près de 46 % de l’impact global du secteur, tandis que les réseaux mobiles et fixes comptent pour environ 4 %. Les équipements – smartphones, ordinateurs, téléviseurs – restent très impactants, constituant près de la moitié de l’empreinte carbone, bien que leur part relative soit en diminution grâce à des initiatives d’écoconception et à l’allongement de la durée de vie des appareils.
Analyse détaillée des composantes de l’empreinte carbone
- Équipements numériques : Téléphones, ordinateurs portables, tablettes, téléviseurs, dont la fabrication consomme des ressources rares et des métaux critiques tels que le ruthedium et l’antimoine.
- Centres de données : Infrastructures massives stockage et traitement de données, consommant des quantités colossales d’électricité et d’eau, avec un impact direct lié à la croissance des usages, notamment en vidéo et intelligence artificielle.
- Réseaux de communication : Supports de transmission des données, inclus réseaux filaires et réseaux mobiles, avec des consommations variables selon la technologie employée.
La hausse continue de la consommation énergétique liée au numérique présente un défi majeur. La pénurie potentielle d’énergie propre pour alimenter l’augmentation des capacités des centres de données soulève également des questions sur la soutenabilité des projets d’expansion envisagés par les géants de la tech. Cette situation impose une réflexion approfondie sur la sobriété numérique et la gestion de cette croissance afin d’éviter une détérioration encore plus marquée de l’empreinte environnementale.
| Composante | Part estimée de l’empreinte carbone | Principale source d’impact | Initiatives de réduction |
|---|---|---|---|
| Équipements numériques | ~50% | Fabrication, extraction de métaux rares | Écoconception, réparation, reconditionnement |
| Centres de données | ~46% | Consommation électrique, refroidissement | Optimisation énergétique, énergie renouvelable |
| Réseaux | ~4% | Transmission des données | Modernisation des infrastructures, mutualisation |
Les enjeux des enjeux matériels : matériaux critiques et cycle de vie
La fabrication des équipements numériques engage une multitude de matériaux, dont une cinquantaine sont présents dans les principaux appareils utilisés au quotidien. Parmi ces éléments, plusieurs sont jugés comme critiques en raison des risques géopolitiques, environnementaux et sociaux liés à leur extraction et disponibilité. Citons notamment l’étain, l’argent, le ruthedium, le nickel et l’antimoine. Ces métaux sont essentiels à la performance et à la miniaturisation des composants électroniques mais leur extraction peut provoquer de graves dommages environnementaux en plus de tensions sur l’approvisionnement mondial.
La consommation en énergie grise – énergie liée à la fabrication, au transport et à l’assemblage des appareils – reste un facteur important dans l’impact total des équipements numériques. Par exemple, pour produire un ordinateur portable, il faut mobiliser des centaines de kilogrammes de matériaux bruts. Cette réalité souligne l’importance de pratiques telles que l’économie circulaire et le reconditionnement pour réduire la demande constante en nouvelles matières premières.
Approches pour minimiser l’impact matériel du numérique
- Allongement de la durée de vie : Favoriser la réparation et le reconditionnement afin de retarder l’obsolescence, notamment via des labels de réparabilité instaurés par la législation actuelle.
- Écoconception : Rendre les appareils plus durables, moins gourmands en ressources et plus facilement recyclables.
- Mutualisation et économie de la fonctionnalité : Promouvoir l’usage partagé plutôt que la possession individuelle.
- Recyclage optimisé : Améliorer les filières comme WeeeCycling ou autres initiatives de collecte pour récupérer efficacement les matériaux rares.
Plusieurs acteurs économiques comme Back Market, Fairphone ou Commown incarnent aujourd’hui ces démarches en offrant des solutions tournées vers une consommation numérique plus responsable.
| Matériau critique | Usage principal | Risques liés | Solution proposée |
|---|---|---|---|
| Ruthedium | Composants électroniques haute performance | Tensions géopolitiques, rareté | Recyclage ciblé, substitution |
| Antimoine | Retardateurs de flamme dans plastiques | Impact environnemental, santé | Alternatives écologiques, réduction usage |
| Argent | Conducteur électrique | Surexploitation minière | Récupération dans déchets électroniques |
| Nickel | Batteries, alliages | Pollution, extraction énergivore | Valorisation, allongement cycle de vie |
| Étain | Soudures électroniques | Zone de conflit, pollution des sols | Certification minière responsable |
Consommation énergétique et le rôle fondamental des data centers
Avec la multiplication constante des usages numériques, la consommation énergétique des infrastructures numériques explose. Les data centers constituent la principale source de cette consommation, notamment du fait du traitement et du stockage de volumes massifs de données. En 2025, leur impact est aggravé par la progression de l’intelligence artificielle générative, qui requiert une puissance de calcul et un refroidissement intensifs.
Le fort appétit énergétique de ces infrastructures ne concerne pas uniquement l’électricité utilisée pour le fonctionnement des serveurs mais aussi l’énergie nécessaire au refroidissement des machines, souvent réalisée par des circuits d’eau en circuit fermé, posant ainsi des questions sur la consommation d’eau et la pression sur les ressources locales. D’ailleurs, leur implantation soulève des enjeux liés à l’artificialisation des sols et à la gestion territoriale, nécessitant des régulations plus strictes.
Mesures pour optimiser la consommation énergétique
- Efficacité énergétique : Adoption des technologies de refroidissement combiné à une meilleure gestion des infrastructures.
- Approvisionnement en énergie renouvelable : Plus en plus d’entreprises du numérique s’engagent à alimenter leurs data centers à partir d’énergies vertes.
- Recyclage de la chaleur : Certains centres réutilisent la chaleur produite pour chauffer des bâtiments publics ou privés, réduisant ainsi l’empreinte globale.
- Régulation et plafonnement : Les autorités cherchent à encadrer l’essor de ces infrastructures pour contenir leur impact local et global.
La tendance actuelle fait toutefois craindre une hausse rapide de la consommation énergétique mondiale liée aux data centers, avec un doublement possible d’ici 2026, imposant une vigilance quant aux promesses des géants technologiques fortement positionnés sur le marché.
| Dimension | Consommation énergétique | Actions en cours | Enjeux majeurs |
|---|---|---|---|
| Puissance des serveurs | En augmentation forte et rapide | Optimisation processeurs, mutualisation | Équilibre entre besoins et ressources |
| Refroidissement | 40 % de la consommation électrique totale | Refroidissement naturel, récupération chaleur | Gestion durable de l’eau et sols |
| Énergie | Predominance d’électricité, enjeu renouvelables | Approvisionnement en vert, nucléaire controversé | Disponibilité et durabilité |
| Implantation | Concentration locale en zones urbaines | Régulation territoriale, quotas d’implantation | Pression foncière et sociale |
Les usages numériques et leur influence sur l’empreinte écologique
En parallèle des infrastructures, c’est l’évolution des usages numériques qui oriente fortement l’impact environnemental global. La consommation de vidéo en ligne, qui dépasse aujourd’hui les deux tiers des flux de données, génère à elle seule un tiers des impacts liés au secteur. Cette forte dépendance à des services gourmands en ressources énergétique tient notamment à la multiplication des plateformes de streaming et à l’essor des contenus interactifs.
Outre la vidéo, d’autres usages comme les jeux vidéo, la communication professionnelle et les échanges via messagerie instantanée ou e-mails pèsent également dans l’empreinte carbone, notamment en fonction de la taille des fichiers, de la fréquence d’utilisation et du nombre de destinataires pour les courriels. Il est essentiel d’analyser ces différents services pour mieux cibler les leviers d’amélioration et encourager des pratiques plus sobres.
Exemples d’actions concrètes pour réduire l’impact des usages
- Limitation du streaming en haute définition : Favoriser le choix de définitions adaptées aux usages réels pour réduire le poids des flux.
- Réduction du volume des courriels : Envoyer moins de messages, avec moins de destinataires et diminuer la taille des pièces jointes.
- Privilégier le téléchargement local aux flux continus : Téléchargement différé pour limiter la consommation permanente.
- Adopter des logiciels écoconçus : Ceux-ci demandent moins de puissance de calcul et favorisent des équipements moins énergivores.
Ces mesures s’inscrivent dans un cadre plus large de numérique responsable, un objectif partagé par diverses associations et entreprises qui militent pour un usage plus frugal et durable. Elles s’appuient aussi sur des initiatives comme celles de la Recyclerie et Green IT, qui œuvrent pour sensibiliser et accompagner la transition vers une consommation numérique plus économe.
| Type d’usage | Part des flux de données | Impact carbone relatif | Actions recommandées |
|---|---|---|---|
| Vidéo en ligne | ~66% | ~33% | Réduction qualité, limitation, régulation |
| Jeux vidéo | Variable selon plateforme | Modéré à élevé | Optimisation logicielle |
| Courriels | Élevé en volume | Conséquent selon taille et destinataires | Tri, réduction, compression |
| Communication professionnelle | Important | Moyen | Utilisation modérée et efficiente |
Stratégies nationales et solutions pour un numérique plus durable
Face aux enjeux grandissants liés à l’impact environnemental du numérique, la France s’engage dans une politique ambitieuse visant à limiter la croissance exponentielle de ce secteur. La loi REEN (réduisant l’empreinte environnementale du numérique) et les diverses initiatives nationales encouragent un cadre législatif, technique et sociétal pour promouvoir la sobriété, l’écoconception et la régulation des infrastructures.
Des acteurs publics et privés collaborent afin d’impulser un changement systémique, intégrant des normes pour les fabricants, des programmes d’éducation à un usage responsable, ainsi que le soutien à l’innovation dans des domaines comme les low tech ou le développement d’un numérique ouvert. Ce dernier vise à privilégier des technologies simples, robustes et résilientes, qui garantissent une meilleure maîtrise écologique et souveraine.
Actions concrètes mises en œuvre et perspectives
- Label écoconception : Exigences renforcées pour les produits numériques (réparabilité, durabilité, recyclabilité).
- Extension de la durée légale de garantie : Faciliter la réparation et décourager l’obsolescence programmée.
- Promotion de la consommation responsable : Sensibilisation via des partenariats avec des acteurs tels que Ecosia ou Recommerce.
- Gestion des centres de données : Régulation stricte de leur implantation et incitation à l’efficience énergétique, en particulier par le Groupe Suez dans la gestion des ressources environnementales.
- Encouragement des filières de recyclage : Soutien à des programmes innovants comme ceux de La Recyclerie pour réduire les déchets électroniques.
La coopération entre administrations, industriels et société civile reste clé pour freiner l’augmentation rapide des impacts environnementaux du numérique tout en accompagnant l’innovation technologique dans un cadre plus soutenable.
| Objectif | Moyens | Acteurs impliqués | Résultats attendus |
|---|---|---|---|
| Réduction de l’empreinte carbone | Normes écoconception, sobriété des usages | Ademe, fabricants, consommateurs | Moins d’émissions, allongement durée vie |
| Optimisation énergétique | Énergies renouvelables, efficacité data centers | Opérateurs, Groupe Suez, collectivités | Diminution consommation globale |
| Économie circulaire | Recyclage, reconditionnement, réparation | Back Market, Commown, Recommerce | Réduction déchets électroniques |
| Sensibilisation à la sobriété | Campagnes, formations, labels responsables | Associations, écoles, entreprises | Usages numériques maîtrisés |






